Il y avait les rues de la mal-vie. Et les deux rives. Un pont les réunissait d’un demi-cercle agrémenté d’une fine mosaïque rose et les gens passent d’une rive à l’autre, d’un pas qui sourit aux vasques fleuries, comme une envie d’un petit instant bonheur. Entre terre et ciel, les passants funambules.ffice Sur l’une des rives, le quai d’une gare. Commencements et fins. Histoires qui se croisent et se décroisent dans la salle des pas perdus. Jours soleil et yeux de pluie et les trains qui n’en finissent pas de partir vers un ailleurs toujours plus beau, toujours trop loin, l’inaccessible point de l’horizon. Sur le quai, j’ai laissé mes envies de départ, ce pays de lumière, ses filles cheveux d’or, leur peau rêve de lait, là-bas au royaume de Thor, j’y respirais un air de liberté, un parfum au goût nature, un retour virginal. Poussière charbon me colle à l’âme. Et mes pieds foulent le Pays Noir – comme jadis - et les sombres nuits qui crachent leurs feux laminés toutes gueules ouvertes dans le ciel dentelé. Bleu sarrau, tête casquée de jaune, bottines aux bouts de cuir durci, la langue d’oïl illumine de son graff l’espoir sur les murs déserts de ses fabriques. L’autre rive. Une place ronde aux terrasses fleuries qui offrent ses restaurants, son cinéma version originale, ses dancings à l'étiquette privée. Ses promeneurs du temps de Proust, ses silhouettes à rayures maffieuses, ses amoureux aux baisers publics. Le temps aime s’y déployer à pas lents. Au loin, là-bas, une place du marché et ses saveurs du terroir, ses fleurs aux contrées exotiques, ses vêtements aux sourires pakistanais, sonorités qui pétillent la vie aux accents des fromagères et des marchandes d’épices. Ah ! Mes amis, quelle gouaille, quelle pétulance du Verbe ! De quoi se pourlécher les vibrisses. Le marché jouxte le grand boulevard et son cortège lent de vrombissements, grosse chenille qui bave ses hydrocarbures de boutique en boutique, et ses bureaux aux mines sérieuses qui déchargent en jets sporadiques, ses porteurs de mallettes noires sur les trottoirs de consommation. Cacophonie des sens dessus dessous. Effluves des poulets rôtis où se mêle la bonne odeur du pain frais garanti levain. Parole de commerçant. Le boulevard plonge ses issues dans le vide. Au bout, la mal-vie. Avec ses rues hantées de l’obscur silence de ses immeubles, paupières baissées sur le fourbissement des armes – en tous genres comme les visages fermés dont il vaut mieux ignorer les noms. Les pavés résonnent sous les talons de l’errance, les paradis perdus sous la neige. Silhouettes aux masques gris qui déambulent le sac à la main - vestiges de ce qui fut une vie – en attente d’un rien qui épouvante les yeux qui les regardent dans l’encoignure ombrée d’un seuil de misère. Mes pupilles se figent à contempler ces corps de femmes enfant, sans épaisseur d’âge, à la chair trop rare pour masquer les saillies du squelette. La mort rôde dans les rues de la mal-vie. Et nos déchirures aussi, et nos désespoirs en pleurs, et nos fantômes… Et puis. Et puis, il y a l’antre des mots, ma caverne aux trésors, mes senteurs d’orient. Calligraphie à l’œil d’iris qui dessine sa ligne courbe du levant au couchant comme un baiser vermeil qui apaise les chagrins de part et d’autre des rives de notre fleuve quotidien. Enluminure de nos âmes. Le Verbe féconde en toute terre. Il lui faut juste un peu de temps, un peu d’amour pour nous porter à vivre beau.
Citadine
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1.3.05 21:30
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elfarranne / Website (2.3.05 11:19) Trois morceaux de vie citadine...trois diamants bruts...promenades enchanteresses...découvertes de senteurs et de sensation...tantôt atmosphère de légèreté, tantôt air d'oppression... Je reviens de ces trois promenades émerveillée par ta verve... Bonne journée Nortine, bisous |
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(3.3.05 22:25) Bonsoir Nortine
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Lumières / Website (4.3.05 01:37) Bonsoir ma belle Nortine :-) Oui, moi aussi, émerveillée par cette façon de dire, ces mots, cette poésie. Merci à toi Je t'embrasse fort xxx |
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(5.3.05 18:17) Merci Elfarranne, Bonne journée et bon week-end à toi. :-) Salut Vidoc :-)) Bonsoir Lumières, Pensées affectueuses :-) |
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Marie (8.6.05 10:58) M A G N I F I Q U E ! |
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Louise Labrecque (étoile) / Website (22.6.05 23:47) Oh oui il existe une grotte dans le désert; là les dunes chantent et l'amour se tapi dans l'ombre lumineuse des formes-spectres d'un mot à peine né. Nouveau. Neuf. Comme ton front que je baise d'un valeureux poème d'amour. Mon ami... Respire le désert des mots nouveaux... ..Et du poème qui me tarde à écrire. |
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