Ronde des Jours

Fin




Ah! vent froid d'hiver -
clameur de l'eau se brisant
contre les rochers

(Buson)



Ma terre se meurt sous l’eau amère.  Les mots languissent jusqu’à flétrissure.  Sur ma gorge appesantie une dalle noire et froide, et l’étincelle faiblit.  Au jardin des mots, une blessure d’amour coule sa noirceur.  Et le désir devient aphone. Le ciel de l'Afrique ne frémit plus sous l’envol des flamants roses.  Elle me tait.  L’absence.  Celle qui me nie jusqu’à la moelle, celle qui troue ma parole, m’efface du miroir …
De blancs silences voilent ma page.  L’heure d’un au revoir m’est venue.  D’écrire beau, l’envie n’est plus.  Juste un peu de poussière que ma plume soulève, comme un geste de ménagère dont la vie s’effile au rouet du plumeau.  J’époussette des mots-brindilles, des mots qui ne veulent rien dire.  Juste pour la mémoire, le geste d’écriture… Le Mot.



F i n

7.12.05 04:29


Blogue en jachère



               oeuvre tirée de Imaginaire


Le dire imaginaire se meut sous la plume comme un dieu aux multiples visages.  Il trace son sillon dans la terre que nous lui avons préparée.  Ainsi il vague une forme tantôt sauvage ou disciplinée, tantôt raison ou folie, selon notre volonté ou notre intuition… 

Ma plume caméléon s’enlise dans les marais du plaire, elle en oublie le dire originel, le visage authentique de ce qui se donne à voir de l’autre côté du miroir, l’Imaginaire.  A vouloir le beau comme tel ou tel autre, je ne me suffis plus, je m’éclate en parcelles, je m’éloigne du soi…Dans l’entre-deux-rives, il s’est créé une césure, une fêlure, comme un dérapage dans l’authenticité…

Je me sens écrire pour suivre le rythme d’un blog, pour offrir de l’agréable aux yeux de virtuels voyageurs, pour infléchir à souhait la courbe du compteur…  C’est mon travers, c’est ma faille…Ma nature me pousse à séduire.  On ne naît pas impunément sous les auspices de la constellation de la Balance…

Aujourd’hui, je mets mon blogue en jachère…

J’ai tardé à poser ces mots, et déjà le froid de l’absence me couvre de son aile, et l’envie d’écrire ici des textes à foison me vient tout à coup, comme un geste rebelle, un dernier cri, avant le silence…

Je continuerai d’écrire pour Coïtus Impromptus – un texte par semaine, si le titre inspire  mon chant imaginaire-, j’ai créé une nouvelle catégorie à cet effet… Comme un exercice de texte à contrainte qui m’oblige à creuser des pistes nouvelles.

D’une écriture insoumise, oui, j’ai l'envie…  Comme un pont reliant l’un et l’autre côté de l’entre-deux-rives, l’Imaginaire ouvert en un monde, qui est mien...

8.10.05 22:47


Une nuit chaude à Tombouctou 1





J’ai pris plaisir à mettre sur pied le texte pour Coïtus impromptus : "Une nuit chaude à  Tombouctou".  Ce n’était pas un sujet facile à traiter.  Et je ne voulais pas l’aborder sous l’angle d’une nuit d’amour.  Alors, je me suis tournée vers la narration d’une histoire.

Tombouctou.  Je n’en connaissais rien.  A quoi ressemblait cette ville ?  Où se situait-elle ?  Comment les gens y vivent-ils ?  Le paysage, la flore et la faune, les odeurs?…  Tout cela m’intriguait. 

J’ai entrepris un travail de recherche via Google et petit à petit, la métamorphose eut lieu.  Je commençais à entendre les bruits du marché sur la place de l’Indépendance, me promenais à l’ombre de ses ruelles, admirais la beauté de ses portes ciselées, découvrais l’important travail entrepris pour préserver les manuscrits anciens.  Tombouctou cessait d’être anonyme, elle m’apprivoisait, elle me dévoilait ses richesses… et j’écrivis l’histoire, incluant même le détail d’une recherche sur les armes (c’est fou ! Sur le net, les armes s’exposent, se vendent sans aucune difficulté…)

Je réalise mieux le souci d’exactitude dans les détails de Pierre Assouline lorsqu’il entreprend la rédaction d’un roman.  Pour bien écrire un roman, en effet, il nous faut le sentir, il nous faut nourrir l’imaginaire avec les réalités de l’environnement dans lequel évolue l’histoire…..  Et nous en sortons tout enrichis, et un peu plus ouverts sur le monde…

En ce qui concerne mon texte, il est trop long pour répondre à la contrainte de l’espace du Coïtus, je n’ai pas pu déployer mes ailes comme je le voulais.  Le manque de temps aussi.  Une semaine, parfois c’est un peu court.  Je plonge dans la description et il me semble manquer de mouvement mais ... l’imagination était présente au rendez-vous,  le plaisir aussi et l’envie d’approfondir ce genre d’écriture…

Et comme le chante le Grand Brel avec une pointe d’humour, je dirais moi aussi : « Au suivant ! »…

8.10.05 22:36


Une nuit chaude à Tombouctou




Pour rêver du Mali

cliquer
ici

4.6.06 15:53


Extrait d'oeuvre


Et peut-être les mots sont-ils de pures apparences
Entre le ciel et mon visage…

Il neige,
Hors du spectre.
Et mes yeux n’osent plus respirer.

L’âme perd toute connaissance,
Et la mesure de ce pays.

Et je me désunis.

in L’arbre le temps (Roger Giroux)
éd. Mercure de France 1979

29.9.05 23:44


C’est vrai.  J’utilise des mots bizarres, des mots étranges.  De-ci de-là émaillés dans le corps de l’écrit.  Souffle de l’inspiration qui serpente en mes veines, inconscient qui se révèle sous les griffures de ma plume…  Ces mots bizarres vivent en moi, ils palpitent un indicible surgissant sous mes yeux en l’une ou l’autre forme.  Parfois, je ne les reconnais pas, m’en vais les découvrir dans le dictionnaire pour m’apercevoir – in fine – que leur sens coïncide avec l’intention de mon dire.  Ces mots qui me viennent à l’esprit – petites bulles de l’Imaginaire –, ils me font penser au renard, l’ami du Petit Prince de Saint-Exupéry.  Comme lui, les mots étranges se présentent à l’horizon, immobiles, un peu plus proches chaque jour : l’un l’autre, nous nous apprivoisons, dans une mutuelle relation au monde.  Les mots nous habitent, nous habitons les mots.  Ils évoluent comme nous évoluons…

Ainsi le mot "étrangéïté".  Il m’est venu, porteur d’un sens qui flue en mon être.  Au dictionnaire, ce mot s’écrit comme suit :

- étrangeté : caractère de ce qui est étrange ; bizarrerie. (Larousse)

Lorsque j’utilise le mot "étrangeté", il me vient comme un manque, une incomplétude du sens que je porte en moi.
Dans le mot "étrangéïté", j’y retrouve une notion de volonté, un « vouloir aller vers l’étrange » qui réside en toute chose.  Comme une sorte de mot-valise qui serait composé de "étrange – ite (en latin : Allez)".

Les mots créent des liens invisibles entre notre intériorité et le monde.  Ils sont les murmures d’une parole perdue, idée de création enfouie dans notre forme de glaise.  Et nous nous l'approprions bribe par bribe, au travers des mots, ces mots que j’aime tant…

Jamais je ne vous aurais écrit ce texte si je n'avais lu le commentaire de Yann au post précédent "Les beaux mots.":

"Me laissant porter par la mélodie d'un sens auto-créé."

Merci Yann pour cet éclairage.
29.9.05 01:55


Les beaux mots






Il me dit
pourquoi ces mots alambiqués cette langue fine ciselure de bénédictin
pourquoi ces mots inusités qui tintent à mon oreille si incongrus
pourquoi tous ces beaux mots qui s’obstinent à suivre les chemins ardus
quand des mots simples fleurissent à la portée de nos mains

écoute mon ami
écoute la beauté de cette langue ces mots soyeux
qui nous glissent entre les doigts - opaline clarté du firmament
tous ces mots d’or tombés en oubli funeste conséquence d’une démence
assuétude aux arènes cathodiques l’adieu à nos belles envies - tous ces mots bleus

mille et mille merveilles de l’univers - ces mots
écrivent - sur la paume de mon coeur ébloui 
le mot bonheurfficeffice" />

27.9.05 20:03


Quelque chose...





                                                              peinture de Arnold Livingstone


Quelque chose en moi s’agite.  Comme une nébuleuse.  Un mouvement circulaire.  Une parole sans mots. Une volonté demandant à naître.  Qu’est-ce ?  Je cherche, n’y vois pas de sens.  Cela parle d'une peinture blanche, le blanc de la mort, la terre décomposée.  On y entend un son.  Vague océane au souffle de l'olifant.  Les signes dansent, tournoient dans le vent.  L’homme sorcier, le guetteur, le monde sans cesse renouvelé superposé, les âges passent, et la course des temps.  Les Vivants dans la nuit des temps premiers m’appellent, s’insinuent en moi d’une mouvante ondulation, me réclament l’éveil d’une parole tenue secrète…  Et je ne sais.  Tous ces mots, qui me coulent entre les doigts, je ne sais point les rassembler.  Je ne vois pas le chemin.  Ce son lancinant qui m’habite depuis les temps.  Ce pas de danse qui mugit aux confins de ma mémoire.  L’antériorité me tressaille de son voile infini.  Et je ne vois rien.  Et je n’écris rien…fficeffice" />

22.9.05 20:06


En ma librairie







"Ayant pris possession de ses ombres, le poète occupe un espace démesuré : la transparence.  Est-ce un tragique état, ou le chant de l’oiseau qui est au centre de la croix ?  Connaissant du moins a hauteur du souffle, est-il pour lui d’autre parole que mitoyenne ?
   Au carrefour du sang et de la lumière, la phrase serait or véritable."

in L’arbre le temps
Roger Giroux
Ed. Mercure de France éd.1979

Un livre dont je suis en relation d’amour – et si cela était -  Il parle de l’antérieur des mots, d’un lieu sans étendue, d’un paysage nu, d’un arbre, et le poète, et le poème…  Il parle dans une forme mouvante, et je rêve, et blancs sont mes yeux, dans cette lumière, l’esquisse d’un Je…

Je me suis laissée tenter – d’un même élan – par La route d’Ithaque ( Carlos Liscano ), ce mot Ithaque que j’ai gommé d’un poème - coup de griffe raisonneuse -, je pensais « en mon Ithaque »  Ce livre nous parle de l’errance, en dedans en-dehors, de l’Uruguay à ffice:smarttags" />la Suède en passant à Barcelone, le regard posé sur une Europe qu’il découvre, le Mur de Berlin qui s’écroule, la Yougoslavie sous le joug de la guerre, les yeux ouverts sur les traverses de l’humain, dont la dignité – hémorragique - se vide de son sens, et son héros en quête d’une pleine liberté, en rêve de son Ithaque, ce lieu de tranquillité où finissent – enfin - les pas de l’errance.  La trouvera-t-il un jour ?...

(…)  "En arrivant je frappe des pieds sur le seuil, comme toujours, pour secouer le sable de mes bottes, puis j’entre.  Une femme est assise, dont je n’ai jamais pu voir le visage, parce qu’elle tourne le dos à la porte, et regarde le feu.  Elle est surprise et se retourne.
  Ici il manque toujours un morceau que je n’arrive pas à rêver, le moment où elle se lève pour me saluer.
   Ensuite ça se passe comme ça.  Je pose mon sac, j’accroche ma casquette au clou derrière la porte et j’enlève mes bottes.  Nu-pieds, je m’assieds devant le feu.  La femme m’apporte une boisson chaude et j’allume ma pipe.  Nous ne nous disons rien, ce n’est pas nécessaire.
   La scène s’achève là, et je sens que c’est cette paix que je cherche.  Il ne me manque que de voir le visage de la femme, et pour y parvenir je recommence à rêver, mille et mille fois, convaincu qu’un jour j’y arriverai." (…)

in La route d’Ithaque
Carlos Liscano
Ed. Belfond 2005fficeffice" />

19.9.05 17:03


Katana 3


Je regardais une émission télévisée sur Arte – confrontation entre culture occidentale et japonaise – les concepts de l’ombre et la lumière y furent évoqués.  Selon la tradition japonaise, "les signes contraires sont nécessaires pour rétablir l’équilibre du monde".  Un interlocuteur japonais soulignait que "l’Occident était en quête de lumière tandis qu’au Japon, l’ombre était acceptée – sans toutefois la rechercher."  En fin de nuit, je me suis attardée sur la page de Patrick Brisebois et l’envie me prit de saisir son écho et d’en prolonger le son de mes quelques mots, comme une pierre ajoutée à un édifice qui se construisait peu à peu de ses liens invisibles.

- Ombres et lumière au centre Pompidou.





faisant suite à Patrick Brisebois faisant suite à Tony Tremblay


j’affranchirai l'ombre
de mon intime dimension
j’irai au plus profond
dans l’abyssale noirceur
la nuit de mes peurs

loin de mes blanches certitudes
sur le fil rouge de mes mots sabres
je porterai mes pas dans le désert
jusqu’à la lie de mes envers
l’indéclinable de mes ombres
je boirai    
sans ciller
.
.
convolutée
dans l’Amen

13.9.05 18:01


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